Étude de cas, centre de tri de collecte sélective
Mesurer avant d’investir
Comment la SPL Trigironde a analysé pendant six mois sa ligne des refus, pour objectiver un projet d’extraction automatisée.
Olivier Guilmois, directeur général, SPL Trigironde

Le contexte
Trois signaux d’alerte sur la ligne des refus
Les refus du centre de tri de Saint-Denis-de-Pile passent par une table de tri en cabine, où deux agents récupèrent les valorisables avant l’évacuation. Trois constats ont conduit la SPL à regarder cette ligne de plus près.
Un constat visuel
Beaucoup d’emballages plastiques et fibreux visibles sur le tapis des refus.
Un écart mesuré
Quelques points d’écart, en défaveur du process, entre le taux de refus issu des caractérisations de l’entrant et le refus réellement produit.
Un enjeu contractuel
Dans un marché d’exploitation performanciel, les valorisables en refus pèsent sur les garanties de l’exploitant.
La table des refus n’est pas soumise à des prescriptions techniques minimales, contrairement aux autres tables de tri. C’est donc elle qui absorbe en priorité les absences d’agents. Et même à deux, à cadence maximale, une part des valorisables passe au travers. Régler les tris optiques plus agressivement n’est pas une solution : les indésirables se reporteraient sur les autres tables. Tout l’enjeu est de trouver le bon équilibre.
Pour la collectivité, l’impact est direct : chaque valorisable perdu en refus, c’est un soutien en moins et un coût de traitement en plus.
Le dispositif
Un audit continu de six mois, installé en moins de deux heures
Un analyseur de vision par IA est positionné au-dessus du convoyeur des gros refus, en amont de la cabine. Il lit 100 % du flux et identifie chaque objet visible, en continu. La SPL a fait le choix de la simplicité : un audit contractualisé sur six mois, sans modification du process, pour disposer d’éléments chiffrés avant toute décision d’investissement.
- Moins de 500 €
- pour le support, réalisé par un artisan local et fixé sur le convoyeur existant.
- Moins de 2 h
- d’installation, l’alimentation électrique et le réseau étant à proximité.
- Grille Citeo
- la mesure reprend exactement les catégories de caractérisation déjà utilisées par la collectivité.
- Maille de 5 cm
- tout objet de moins de 5 cm est compté comme fine, quelle que soit sa matière, selon la convention du site.
Le travail au quotidien
Rendre la donnée fiable, puis la partager
Une calibration croisée, horodatée
Pendant deux à trois semaines, NextWaste et le site ont confronté la lecture de l’analyseur à des caractérisations manuelles. Le protocole est simple et exigeant : à une heure donnée, les deux agents de la table suspendent leur geste, l’intégralité de ce qui se trouve sur la table est prélevée, caractérisée et photographiée. Ces résultats sont ensuite comparés à ce que l’analyseur a lu sur la même période, jusqu’à réduire l’écart au minimum.
Des rapports et des alertes
La SPL dispose d’un rapport de période, d’alertes et d’un décompte des matériaux par catégorie. La lecture en continu remplace l’extrapolation d’un échantillon.
Un exploitant associé
L’exploitant du site a été associé en toute transparence. La mesure lui sert à objectiver l’efficience de son process, à échanger avec la SPL sur le réglage des tris optiques et à expliquer un écart de performance. Pour Olivier Guilmois, « c’est un outil qui permet à la fois de comprendre son process et de pouvoir agir ».
Ce que révèle la donnée
Une proportion de valorisables bien au-delà de l’impression visuelle
Analyse de juin à septembre 2026, gros refus avant cabine. Ces proportions décrivent le flux en amont des agents, qui en récupèrent ensuite une partie. Elles sont restées relativement homogènes sur la période. Autre enseignement : quand la cadence augmente, la part de valorisables dans les refus augmente aussi, ce qui éclaire les limites du process au-delà d’un certain débit.
Témoignage
Olivier Guilmois, en ses mots
« Pour être honnête, je ne m’imaginais pas une telle proportion. On demande aux habitants de trier : il n’est pas concevable que le process génère du refus. »
« Aujourd’hui on sait, on voit des euros passer sur la table. »
« Des investissements dans un centre de tri, il y en a toujours ; il faut choisir les plus pertinents. »
Et maintenant
Vers une extraction automatisée, à l’étude
L’investissement n’est pas encore acté. Mais la mesure a changé les termes du débat : la SPL dispose désormais d’éléments chiffrés pour le présenter à son conseil d’administration.
« J’ai besoin d’éléments chiffrés pour pouvoir présenter une proposition d’investissement à mon conseil d’administration, en disant : là, il faut investir, parce qu’il y a un retour. »
Coupler analyseur et éjecteur
L’analyseur pilote un éjecteur qui renvoie les emballages vers la boucle de tri optique, via la modification d’une goulotte.
Recentrer les agents
Les trieurs se concentrent sur le fibreux. L’objectif, selon Olivier Guilmois : n’avoir en refus que du refus.
Un retour à confirmer
Plus de soutiens et de recettes, moins de coûts de traitement. NextWaste estime le retour entre un et trois ans, selon l’efficacité de l’extraction.
Repères de lecture
Ce que ces chiffres disent, et ne disent pas
À garder en tête
- La mesure porte sur les gros refus avant cabine : c’est une photographie avant tri manuel, pas le refus final du site.
- La précision n’est pas la même pour un décompte d’objets et pour une estimation de masse ; c’est tout l’objet de la calibration croisée.
- Ces résultats sont propres à la configuration et au flux de ce site. Chaque centre de tri a ses équilibres.
Et votre ligne des refus, que contient-elle vraiment ?
Échangeons sur vos flux et sur un audit adapté à votre site.
Autres études de cas
Témoignages recueillis lors du webinaire NextWaste « IA en centre de tri : retours d’expériences de l’analyse continue », 17 septembre 2026.
