Étude de cas, centre de tri de collecte sélective

Mesurer avant d’investir

Comment la SPL Trigironde a analysé pendant six mois sa ligne des refus, pour objectiver un projet d’extraction automatisée.

Olivier Guilmois, directeur général, SPL Trigironde

34 000 tcapacité annuelle
11 t/hcadence de tri
550 000habitants desservis
7collectivités actionnaires
2024inauguration, Saint-Denis-de-Pile (Gironde)
Analyseur Greyparrot installé sur son châssis, au-dessus de la ligne des refus du centre de tri de Saint-Denis-de-Pile
L’analyseur et son support, au-dessus de la ligne des refus.

Le contexte

Trois signaux d’alerte sur la ligne des refus

Les refus du centre de tri de Saint-Denis-de-Pile passent par une table de tri en cabine, où deux agents récupèrent les valorisables avant l’évacuation. Trois constats ont conduit la SPL à regarder cette ligne de plus près.

Un constat visuel

Beaucoup d’emballages plastiques et fibreux visibles sur le tapis des refus.

Un écart mesuré

Quelques points d’écart, en défaveur du process, entre le taux de refus issu des caractérisations de l’entrant et le refus réellement produit.

Un enjeu contractuel

Dans un marché d’exploitation performanciel, les valorisables en refus pèsent sur les garanties de l’exploitant.

La table des refus n’est pas soumise à des prescriptions techniques minimales, contrairement aux autres tables de tri. C’est donc elle qui absorbe en priorité les absences d’agents. Et même à deux, à cadence maximale, une part des valorisables passe au travers. Régler les tris optiques plus agressivement n’est pas une solution : les indésirables se reporteraient sur les autres tables. Tout l’enjeu est de trouver le bon équilibre.

Pour la collectivité, l’impact est direct : chaque valorisable perdu en refus, c’est un soutien en moins et un coût de traitement en plus.

Le dispositif

Un audit continu de six mois, installé en moins de deux heures

Un analyseur de vision par IA est positionné au-dessus du convoyeur des gros refus, en amont de la cabine. Il lit 100 % du flux et identifie chaque objet visible, en continu. La SPL a fait le choix de la simplicité : un audit contractualisé sur six mois, sans modification du process, pour disposer d’éléments chiffrés avant toute décision d’investissement.

Moins de 500 €
pour le support, réalisé par un artisan local et fixé sur le convoyeur existant.
Moins de 2 h
d’installation, l’alimentation électrique et le réseau étant à proximité.
Grille Citeo
la mesure reprend exactement les catégories de caractérisation déjà utilisées par la collectivité.
Maille de 5 cm
tout objet de moins de 5 cm est compté comme fine, quelle que soit sa matière, selon la convention du site.

Le travail au quotidien

Rendre la donnée fiable, puis la partager

Une calibration croisée, horodatée

Pendant deux à trois semaines, NextWaste et le site ont confronté la lecture de l’analyseur à des caractérisations manuelles. Le protocole est simple et exigeant : à une heure donnée, les deux agents de la table suspendent leur geste, l’intégralité de ce qui se trouve sur la table est prélevée, caractérisée et photographiée. Ces résultats sont ensuite comparés à ce que l’analyseur a lu sur la même période, jusqu’à réduire l’écart au minimum.

Des rapports et des alertes

La SPL dispose d’un rapport de période, d’alertes et d’un décompte des matériaux par catégorie. La lecture en continu remplace l’extrapolation d’un échantillon.

Un exploitant associé

L’exploitant du site a été associé en toute transparence. La mesure lui sert à objectiver l’efficience de son process, à échanger avec la SPL sur le réglage des tris optiques et à expliquer un écart de performance. Pour Olivier Guilmois, « c’est un outil qui permet à la fois de comprendre son process et de pouvoir agir ».

Ce que révèle la donnée

Une proportion de valorisables bien au-delà de l’impression visuelle

Près de 50 %de valorisables sur la ligne des refus, avant le passage des agents de tri
26 à 27 %d’emballages plastiques, principalement PET clair et PE/PP
21 à 23 %de fibreux, surtout du gros de magasin, et des JRM
156objets par minute sur le tapis : plus que des mains supplémentaires ne peuvent capter

Analyse de juin à septembre 2026, gros refus avant cabine. Ces proportions décrivent le flux en amont des agents, qui en récupèrent ensuite une partie. Elles sont restées relativement homogènes sur la période. Autre enseignement : quand la cadence augmente, la part de valorisables dans les refus augmente aussi, ce qui éclaire les limites du process au-delà d’un certain débit.

Témoignage

Olivier Guilmois, en ses mots

« Pour être honnête, je ne m’imaginais pas une telle proportion. On demande aux habitants de trier : il n’est pas concevable que le process génère du refus. »

Olivier Guilmois, directeur général, SPL Trigironde

« Aujourd’hui on sait, on voit des euros passer sur la table. »

Olivier Guilmois, sur le suivi de la table des refus

« Des investissements dans un centre de tri, il y en a toujours ; il faut choisir les plus pertinents. »

Olivier Guilmois, sur le rôle de la donnée

Et maintenant

Vers une extraction automatisée, à l’étude

L’investissement n’est pas encore acté. Mais la mesure a changé les termes du débat : la SPL dispose désormais d’éléments chiffrés pour le présenter à son conseil d’administration.

« J’ai besoin d’éléments chiffrés pour pouvoir présenter une proposition d’investissement à mon conseil d’administration, en disant : là, il faut investir, parce qu’il y a un retour. »

Olivier Guilmois, directeur général, SPL Trigironde

Coupler analyseur et éjecteur

L’analyseur pilote un éjecteur qui renvoie les emballages vers la boucle de tri optique, via la modification d’une goulotte.

Recentrer les agents

Les trieurs se concentrent sur le fibreux. L’objectif, selon Olivier Guilmois : n’avoir en refus que du refus.

Un retour à confirmer

Plus de soutiens et de recettes, moins de coûts de traitement. NextWaste estime le retour entre un et trois ans, selon l’efficacité de l’extraction.

Repères de lecture

Ce que ces chiffres disent, et ne disent pas

À garder en tête

  • La mesure porte sur les gros refus avant cabine : c’est une photographie avant tri manuel, pas le refus final du site.
  • La précision n’est pas la même pour un décompte d’objets et pour une estimation de masse ; c’est tout l’objet de la calibration croisée.
  • Ces résultats sont propres à la configuration et au flux de ce site. Chaque centre de tri a ses équilibres.

Et votre ligne des refus, que contient-elle vraiment ?

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