Étude de cas, centre de tri de déchets d’activités économiques

Caractériser les DAE en continu

Comment GreenRécup’ a équipé son centre de tri d’Argenteuil de deux analyseurs, pour lire précisément ses flux, repérer la matière qui lui échappe et orienter ses prochains investissements.

2024inauguration du centre de tri d’Argenteuil (Val-d’Oise)
95 %de clients entreprises privées, aux déchets en mélange
60 à 70 %de valorisation matière, selon GreenRécup’
Été 2025installation des deux analyseurs
40-180 mmfraction de refus analysée en aval
Analyseur Greyparrot installé au-dessus d’un convoyeur du centre de tri de GreenRécup’, à Argenteuil
L’analyseur installé sur le site d’Argenteuil.
Analyseur Greyparrot au-dessus d’un flux de déchets d’activités économiques, cartons et encombrants, à Argenteuil
Le flux de déchets d’activités économiques, sous l’analyseur.

Le contexte

Des bennes en mélange, une matière à aller chercher

Fondée en 2011, GreenRécup’ collecte et valorise les déchets des entreprises, du Val-d’Oise à la Gironde en passant par l’Eure. Son centre de tri d’Argenteuil, inauguré en 2024, traite des déchets non dangereux d’activités économiques. C’est l’un des rares centres de ce type aussi mécanisés en France : trommel et nombreux convoyeurs, à l’image d’un centre de tri d’emballages.

Sa clientèle est composée à 95 % d’entreprises privées (logistique, restauration, hôtellerie, commerce, grande distribution) qui n’ont pas toujours les moyens de trier à la source. Les bennes arrivent donc en mélange. L’enjeu est d’en extraire le maximum de matière : papiers, cartons, plastiques, bois, métaux, verre, textiles. Ce qui ne peut pas être valorisé part en incinération ou en enfouissement.

Le site affiche un taux de valorisation matière de 60 à 70 %. Chaque point gagné sur les refus, c’est autant de matière qui échappe à ces exutoires.

Le cadre réglementaire renforce l’enjeu. La REP des emballages professionnels est en vigueur depuis le 1er janvier 2026 ; sa mise en œuvre opérationnelle a été fixée au 1er janvier 2027 par le ministère de la Transition écologique, et trois éco-organismes ont été agréés en juin 2026. La filière devra savoir ce que contiennent réellement les flux collectés.

Le dispositif

Deux analyseurs, deux questions

À l’été 2025, NextWaste a installé deux analyseurs de vision par IA sur la chaîne de tri, en surplomb des convoyeurs. Ils ne participent pas aux opérations de tri : leur rôle est de mesurer.

Flux entrant
Juste après la trémie d’alimentation, l’analyseur lit en continu la composition du flux. Il éclaire son impact sur la performance du process et sur le surtri manuel en cabine.
Refus 40-180 mm
Plus en aval, sur la ligne des refus de cette fraction, il identifie la proportion et la quantité de valorisables qui passent au travers des mailles : plastiques rigides, aluminium, cartons.

Le travail au quotidien

Relier la mesure aux décisions d’exploitation

Mesurer l’écart de captation

En fin de journée, l’écart entre le gisement valorisable mesuré à l’entrée et les tonnages effectivement produits indique la marge de progression. Il permet d’envisager des repasses, c’est-à-dire une recirculation des refus.

Ajuster les réglages de tri

Certaines variations du flux perturbent la ligne, comme les bourrages lorsque le fibreux abonde. Les repérer permet de corriger les recettes de tri avant qu’elles ne pèsent sur la production.

Chiffrer les équipements utiles

Sur la fraction 40-180 mm, la quantité de métaux et de plastiques qui échappe au tri permet d’évaluer avec l’exploitant l’intérêt d’un séparateur à courants de Foucault, d’un overband ou d’une éjection pneumatique. Le retour sur investissement se calcule alors sur des données issues du tapis, et non sur des hypothèses.

Caractériser par apporteur

L’horodatage des mesures et un reporting automatisé permettent de rattacher la composition du flux à chaque apporteur : une base factuelle pour le dialogue commercial comme pour la traçabilité.

Témoignage

Kevin Saadoun, en ses mots

« Notre premier objectif, c’est de lire précisément les flux qui passent sur notre ligne de tri, et d’aller capter ceux qui nous échappent encore. »

Kevin Saadoun, président et cofondateur, GreenRécup’

« Pour l’instant, ces analyseurs ne nous rapportent pas d’argent : ils nous fournissent la donnée qui orientera nos investissements futurs. »

Kevin Saadoun, sur le retour attendu

« Sur les déchets d’activités économiques et la REP des emballages professionnels, nous voulons être précurseurs dans l’analyse de nos flux. »

Kevin Saadoun, sur l’ambition du site

Et maintenant

De la mesure au pilotage partagé

La prochaine étape consiste à rapprocher la donnée de ceux qui trient, et à en tirer des arbitrages d’investissement.

Informer la cabine

Quelques minutes seulement séparent la trémie de la cabine. Partager la tendance du flux entrant permettrait aux trieurs de savoir sur quoi se concentrer : carton, bois, films.

Arbitrer les investissements

Évaluer, données à l’appui, les équipements complémentaires sur la fraction 40-180 mm.

Documenter pour la REP

Constituer une donnée continue et historisée, utile au dialogue avec les éco-organismes.

Repères de lecture

Les limites, posées d’emblée

À garder en tête

  • L’analyseur ne mesure pas l’humidité : un carton détrempé et un carton sec se ressemblent, ce qui peut fausser l’estimation de masse. L’effet reste limité sur ce site, où d’autres prédictions compensent ; il serait plus sensible sur un flux très fibreux.
  • Il identifie les objets visibles sur le convoyeur ; la fiabilité se construit par validation croisée avec des caractérisations manuelles.
  • Les résultats chiffrés de la mesure ne sont pas publiés à ce stade.

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