Étude de cas, centre de tri de déchets d’activités économiques
Caractériser les DAE en continu
Comment GreenRécup’ a équipé son centre de tri d’Argenteuil de deux analyseurs, pour lire précisément ses flux, repérer la matière qui lui échappe et orienter ses prochains investissements.


Le contexte
Des bennes en mélange, une matière à aller chercher
Fondée en 2011, GreenRécup’ collecte et valorise les déchets des entreprises, du Val-d’Oise à la Gironde en passant par l’Eure. Son centre de tri d’Argenteuil, inauguré en 2024, traite des déchets non dangereux d’activités économiques. C’est l’un des rares centres de ce type aussi mécanisés en France : trommel et nombreux convoyeurs, à l’image d’un centre de tri d’emballages.
Sa clientèle est composée à 95 % d’entreprises privées (logistique, restauration, hôtellerie, commerce, grande distribution) qui n’ont pas toujours les moyens de trier à la source. Les bennes arrivent donc en mélange. L’enjeu est d’en extraire le maximum de matière : papiers, cartons, plastiques, bois, métaux, verre, textiles. Ce qui ne peut pas être valorisé part en incinération ou en enfouissement.
Le site affiche un taux de valorisation matière de 60 à 70 %. Chaque point gagné sur les refus, c’est autant de matière qui échappe à ces exutoires.
Le cadre réglementaire renforce l’enjeu. La REP des emballages professionnels est en vigueur depuis le 1er janvier 2026 ; sa mise en œuvre opérationnelle a été fixée au 1er janvier 2027 par le ministère de la Transition écologique, et trois éco-organismes ont été agréés en juin 2026. La filière devra savoir ce que contiennent réellement les flux collectés.
Le dispositif
Deux analyseurs, deux questions
À l’été 2025, NextWaste a installé deux analyseurs de vision par IA sur la chaîne de tri, en surplomb des convoyeurs. Ils ne participent pas aux opérations de tri : leur rôle est de mesurer.
- Flux entrant
- Juste après la trémie d’alimentation, l’analyseur lit en continu la composition du flux. Il éclaire son impact sur la performance du process et sur le surtri manuel en cabine.
- Refus 40-180 mm
- Plus en aval, sur la ligne des refus de cette fraction, il identifie la proportion et la quantité de valorisables qui passent au travers des mailles : plastiques rigides, aluminium, cartons.
Le travail au quotidien
Relier la mesure aux décisions d’exploitation
Mesurer l’écart de captation
En fin de journée, l’écart entre le gisement valorisable mesuré à l’entrée et les tonnages effectivement produits indique la marge de progression. Il permet d’envisager des repasses, c’est-à-dire une recirculation des refus.
Ajuster les réglages de tri
Certaines variations du flux perturbent la ligne, comme les bourrages lorsque le fibreux abonde. Les repérer permet de corriger les recettes de tri avant qu’elles ne pèsent sur la production.
Chiffrer les équipements utiles
Sur la fraction 40-180 mm, la quantité de métaux et de plastiques qui échappe au tri permet d’évaluer avec l’exploitant l’intérêt d’un séparateur à courants de Foucault, d’un overband ou d’une éjection pneumatique. Le retour sur investissement se calcule alors sur des données issues du tapis, et non sur des hypothèses.
Caractériser par apporteur
L’horodatage des mesures et un reporting automatisé permettent de rattacher la composition du flux à chaque apporteur : une base factuelle pour le dialogue commercial comme pour la traçabilité.
Témoignage
Kevin Saadoun, en ses mots
« Notre premier objectif, c’est de lire précisément les flux qui passent sur notre ligne de tri, et d’aller capter ceux qui nous échappent encore. »
« Pour l’instant, ces analyseurs ne nous rapportent pas d’argent : ils nous fournissent la donnée qui orientera nos investissements futurs. »
« Sur les déchets d’activités économiques et la REP des emballages professionnels, nous voulons être précurseurs dans l’analyse de nos flux. »
Et maintenant
De la mesure au pilotage partagé
La prochaine étape consiste à rapprocher la donnée de ceux qui trient, et à en tirer des arbitrages d’investissement.
Informer la cabine
Quelques minutes seulement séparent la trémie de la cabine. Partager la tendance du flux entrant permettrait aux trieurs de savoir sur quoi se concentrer : carton, bois, films.
Arbitrer les investissements
Évaluer, données à l’appui, les équipements complémentaires sur la fraction 40-180 mm.
Documenter pour la REP
Constituer une donnée continue et historisée, utile au dialogue avec les éco-organismes.
Repères de lecture
Les limites, posées d’emblée
À garder en tête
- L’analyseur ne mesure pas l’humidité : un carton détrempé et un carton sec se ressemblent, ce qui peut fausser l’estimation de masse. L’effet reste limité sur ce site, où d’autres prédictions compensent ; il serait plus sensible sur un flux très fibreux.
- Il identifie les objets visibles sur le convoyeur ; la fiabilité se construit par validation croisée avec des caractérisations manuelles.
- Les résultats chiffrés de la mesure ne sont pas publiés à ce stade.
Vous triez des déchets d’activités économiques ?
Parlons de vos flux, de vos apporteurs et des points de mesure utiles sur votre chaîne.
Autres études de cas
Témoignage de Kevin Saadoun, président de GreenRécup’, 2026. Calendrier REP : communiqué du ministère de la Transition écologique du 28 juillet 2026.
