Plan de l’article
En France, plus de 800 000 tonnes de textile d’habillement, de linge de maison et de chaussures sont mises sur le marché chaque année (données 2023)[1]. Ce chiffre, déjà démesuré, est en augmentation constante. Pour autant, seul le tiers de cette production est collecté, pour un taux de recyclage textile effectif de 7,2% (58 000 tonnes) par une filière qui peine à en absorber une plus grande quantité. Les acteurs du secteur parlent d’un système sous très forte tension faisant face à des phénomènes de consommation insoutenables..
Au cœur du problème se trouve une contradiction majeure : toujours plus de déchets textiles certes, mais accompagnés d’une baisse importante de leur qualité, résultant en une équation économique impossible pour la filière de recyclage textile.
Le problème de la surconsommation pour le recyclage textile
Si le recyclage textile est en crise, c’est avant tout à cause de la surconsommation textile. L’ultra fast-fashion représente un défi très difficilement surmontable. Certaines plateformes, à l’image de Shein, ajoutent des milliers de références à très bas prix chaque jour que les consommateurs s’empressent d’acheter. Un rythme que ne peut pas assumer la filière du recyclage textile. Selon les données évoquées lors de travaux parlementaires récents, certains acteurs ajoutent jusqu’à 7 200 nouvelles références quotidiennes[2].
Ces vêtements conçus à bas coût avec des matières de qualité inférieure (mélanges de fibres bas de gamme) et à la durée de vie très courte confrontent les recycleurs textiles à des flux usagés de plus en plus difficiles à valoriser. Les pièces textiles collectées sont également moins adaptées au réemploi par les acteurs comme Emmaüs ou La croix rouge et finissent donc encore plus rapidement à la poubelle.
La filière de recyclage, déjà fragilisée par l’impératif d’absorption de + 40% de textile en dix ans[3], dispose de moins en moins de leviers économiques pour financer leur traitement face à une double pression signe de nos temps:
- La baisse de la qualité des textiles mis sur le marché
- Une raréfaction des textiles de qualité à des fins de recyclage, ceux-ci étant de plus en plus souvent captés par la filière réemploi (et les plateformes de revente). Une bonne chose en soi, mais qui contribue directement à cette fragilisation.

Une filière de collecte fragile
La collecte textile repose sur un équilibre économique plus que délicat rythmé par des coûts logistiques (collecte, transport, tri, stockage) en augmentation constante, face à des recettes de revente en baisse.
Les acteurs de terrain alertent sur plusieurs facteurs structurels négatifs:
- La baisse des débouchés pour les vêtements réutilisables, en France comme à l’export ;
- L’augmentation continue des volumes collectés, sans compensation financière proportionnelle ;
- Une dépendance forte aux équilibres du marché international de la seconde main.
La responsabilité élargie du producteur (REP) textile vise à soutenir financièrement la filière. Mais dans les faits, les contributions actuelles ne couvrent pas les coûts réels,en particulier face à l’afflux des textiles à faible valeur cités plus tôt.
Les acteurs de collecte dénoncent un niveau de soutien financier insuffisant, fixé à 156 € par tonne triée, alors qu’ils estiment qu’une aide d’environ 304 € par tonne serait nécessaire pour couvrir l’ensemble des coûts réels de collecte et de traitement[4].
Quelles pistes de solutions en 2026 ?
Dans ce contexte tendu où de nombreux acteurs de terrain cessent leurs activités de collecte et de recyclage par manque de rentabilité, l’État a engagé une révision anticipée du cahier des charges de la filière TLC (initialement prévue en 2027) avec l’objectif de redéfinir son fonctionnement opérationnel dès 2026.
Une concertation avec les acteurs concernés, lancée au printemps 2025, doit permettre d’adapter le modèle aux réalités économiques et industrielles du terrain.
Cependant, plusieurs orientations envisagées et objectifs réglementaires suscitent des inquiétudes: la multiplication par trois d’ici deux ans de la capacité de recyclage, (un scénario qui semble aujourd’hui irréalisable) ou encore la proposition d’un recours massif à l’incinération (jusqu’à 8 fois plus d’ici 2028[5]).
Si la réduction des volumes et l’amélioration de la qualité des textiles ne sont décidément plus des objectifs réalistes à court terme, la filière du recyclage devra pouvoir résister et se construire, d’abord par une meilleure prise en charge financière du coût de collecte et traitement par les metteurs sur le marché, mais aussi par une recherche active d’amélioration de la performance des procédés de recyclage, NextWaste a déjà consacré un article sur le recyclage du textile en présentant notamment des solutions concrètes.
Des pistes pour aller plus loin
[3] https://www.zerowastefrance.org/dechets-textiles-filiere-bout-souffle/#
[4] https://www.senat.fr/questions/base/2025/qSEQ250906019.html
[5] https://www.zerowastefrance.org/dechets-textiles-filiere-bout-souffle/#


