PFAS et déchets : maîtriser les flux avant le four

La maîtrise du risque PFAS dans les installations de traitement commence avant le four et avant la cabine de tri : elle commence au moment où le déchet entre dans l’installation. Une étude récente de l’Astee actualise ce débat. Les substances per- et polyfluoroalkylées sont présentes dans des objets du quotidien, elles finissent dans les bennes et circulent dans les flux de déchets sans que les opérateurs disposent toujours des outils pour les identifier, les caractériser et orienter les lots en conséquence.

Ce que dit l’étude de l’Astee

L’association vient de publier un bilan de référence sur le devenir des PFAS dans les filières de traitement, mené avec le Syctom. Le rapport part d’un constat simple : ces molécules se caractérisent par une grande stabilité chimique, liée aux liaisons carbone-fluor, et se retrouvent dans de nombreux produits de consommation (textiles, emballages alimentaires, revêtements antiadhésifs, cosmétiques, mousses anti-incendie, produits phytosanitaires). Ces produits deviennent des déchets.

Le rapport établit que le recyclage, le compostage, la méthanisation et l’enfouissement peuvent provoquer une dispersion de ces composés perfluorés, tandis que l’incinération peut les éliminer, à condition que les conditions de combustion soient maîtrisées. L’objectif affiché est de contribuer à une dynamique d’anticipation des évolutions réglementaires et de renforcement des pratiques de gestion des polluants émergents. Le message central reste que la connaissance de la matière entrante est encore lacunaire : c’est par là qu’il faut commencer.

L’incinération détruit, mais ne dispense pas de savoir ce qu’on brûle

Sur le papier, l’unité de valorisation énergétique (UVE) présente un avantage réel. Les PFAS sont détruits lorsqu’ils sont exposés à des températures supérieures à 1 000 °C, ce qui correspond à l’ordre de grandeur des températures dans le four d’un incinérateur. Les systèmes de traitement des fumées peuvent par ailleurs piéger une partie de ces substances. Les industriels français du traitement des déchets dangereux défendent cette efficacité face à la montée des préoccupations.

Mais l’efficacité ne se décrète pas. Elle se mesure. La France est le premier pays d’Europe à imposer à l’ensemble de ses incinérateurs de mesurer les PFAS dans leurs émissions atmosphériques, par arrêté ministériel du 31 octobre 2024.

Une limite technique de mesure

Une limite demeure : la méthode normalisée actuelle permet des mesures ponctuelles, mais il n’existe pas à ce jour de méthode éprouvée pour mesurer en continu ces polluants dans les rejets d’installations industrielles. Faute de mesure continue en sortie, la maîtrise du risque se joue en amont, sur la qualité et la connaissance des flux entrants.

Le point le plus fragile : le recyclage et le tri

L’enjeu le plus délicat n’est pas la combustion. C’est le moment où un déchet contaminé est orienté vers une filière de valorisation matière. L’inspection générale de l’environnement formule la recommandation sans ambiguïté : il convient de sortir les déchets réputés contaminés des filières de recyclage et de limiter leur acceptation aux seules installations adaptées, comme l’incinération à forte température.

Le risque est de réintroduire ces molécules dans de nouveaux produits. C’est aussi la lacune que pointent les professionnels : la définition même d’un déchet contaminé par les PFAS reste à établir. Un seuil de concentration apparaît indispensable afin de déterminer à partir de quel niveau un déchet ne devrait plus être orienté vers le recyclage, au risque de réintroduire ces substances dans les cycles de production. Sans ce seuil, un centre de tri pilote à l’aveugle. Il ne peut ni écarter, ni documenter, ni justifier ses choix d’orientation.

La transposition de la directive IED révisée resserre le cadre

La réglementation évolue. La directive sur les émissions industrielles a été révisée : la directive 2024/1785 (IED 2.0) révise la directive 2010/75/UE, principal instrument de l’Union pour prévenir et réduire les émissions de polluants des activités industrielles via les meilleures techniques disponibles. Sa transposition pour les installations de traitement de déchets est en cours d’amorce : un arrêté doit mettre en conformité plusieurs arrêtés ministériels avec la directive IED telle qu’amendée par la directive du 24 avril 2024, ainsi qu’avec les conclusions sur les meilleures techniques disponibles. La publication au Journal officiel n’était pas encore intervenue au moment de la rédaction de cet article.

Deux conséquences se dessinent pour les exploitants.

Un volet répressif renforcé

Le volet répressif se durcit : la directive impose désormais aux États membres de prévoir des sanctions financières effectives, proportionnées et dissuasives.

Plus de transparence sur les émissions

La transparence augmente également, avec des déclarations d’émissions de PFAS destinées à permettre une comparaison des performances environnementales entre installations. Il ne suffira plus de traiter. Il faudra prouver, documenter, comparer.

La traçabilité des flux entrants, maillon décisif

C’est ici que se joue la performance des installations. Les acteurs de la filière le formulent eux-mêmes : le sujet est complexe parce que les opérateurs du déchet se retrouvent en bout de chaîne, avec les PFAS que tout le monde a consommés, retrouvés dans les déchets collectés, triés, traités. Subir le flux entrant n’est plus tenable. Le piloter devient une condition de conformité et une condition de qualité de la matière orientée vers le recyclage.

La technologie sert ce besoin, à condition de rester au service du jugement des opérateurs. Tracer la provenance d’un lot, documenter sa caractérisation, historiser les analyses et relier ces données aux décisions d’orientation : ces fonctions transforment une incertitude réglementaire en information exploitable pour les équipes terrain. La détection précoce et le suivi des lots donnent une base solide pour décider quel flux part en valorisation matière et quel flux doit rejoindre une filière d’élimination adaptée, comme l’incinération des déchets à haute température.

Ce que change ce cadre pour les opérateurs

Le débat sur les PFAS se concentre souvent sur la destruction thermique. C’est un déplacement du problème. La maîtrise du sujet commence avant le four, au moment où le déchet entre dans l’installation. La transposition de la directive IED durcit les obligations de mesure, de déclaration et de sanction. Les filières de recyclage attendent encore un seuil de contamination clair. Dans cet intervalle, la traçabilité des flux entrants est le levier le plus immédiat pour réduire le risque, sécuriser la conformité et préserver la qualité de la matière recyclée.

C’est sur ce maillon que NextWave se positionne : relier la donnée d’entrée, l’exigence réglementaire et la réalité de terrain des opérateurs.

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