Pourquoi les plastiques des DEEE sont un enjeu sous-estimé ?

·

Chaque année, les déchets d’équipements électriques et électroniques (DEEE) représentent des volumes considérables (plus de 845 milliers de tonnes en 2023). Au sein de ces flux, les plastiques constituent une part importante (environ 18%), mais restent encore peu intégrés dans les stratégies de recyclage.

C’est un enjeu de taille pour la filière car si moins de 10% de ces plastiques contiennent des retardateurs de flamme bromés (RFB), l’ensemble de ces déchets ne sont pas valorisés. Le gisement existe , mais reste inexploité. 

Ce blocage tient notamment à la distinction entre plastiques bromés et non bromés, renforcée par un cadre réglementaire strict (l’UE a fixé à 2 grammes par kilo[2], seuil à partir duquel le déchet bromé ne peut plus être recyclé), qui limite la valorisation. Entre contraintes sanitaires et économie circulaire, l’équation reste complexe mais loin d’être impossible. 

Dans cet article, NextWaste s’associe à DeeeMines, startup spécialisée dans le recyclage des plastiques ignifugés issus notamment des DEEE, pour vous aider à mieux comprendre les enjeux et proposer des solutions concrètes  pour valoriser ces déchets.

Plastiques bromés vs non bromés : un verrou structurant

La mission des centres de tri DAE consiste à séparer les différentes matières présentes La distinction entre plastiques bromés et non bromés constitue aujourd’hui un véritable verrou pour la filière de recyclage des DEEE. Les retardateurs de flamme bromés sont encadrés par des réglementations strictes, notamment le règlement REACH, qui impose des seuils de concentration et restreignent certains usages au sein de l’Union européenne.

Kristell RIOU-NIVERT, cofondatrice de DeeMines, souligne un problème de taille : 

“Les procédés existants de débromation peuvent extraire le brome, mais ne permettent pas d’extraire sélectivement l’antimoine.”

Plastiques bromés recyclage

Quelles conséquences pour le recyclage des plastiques ?

Pour comprendre l’ampleur et les enjeux, Kristell RIOU-NIVERT, nous rappelle les chiffres importants des plastiques bromés : 

“À l’échelle européenne, on estime entre 240 000 et 300 000 tonnes de déchets plastiques bromés par an. Avec une teneur moyenne de 3 à 4 % d’antimoine, cela représente environ 10 000 à 13 000 tonnes d’antimoine contenues dans ces flux”

La présence de retardateurs de flamme bromés dans ces plastiques impose de séparer ou, à défaut, diluer les flux plastiques. En pratique, un seuil de 2000 ppm de brome est utilisé pour distinguer les plastiques bromés des non bromés[3]. Ce seuil devrait être abaissé dans les prochains mois provoquant une augmentation des plastiques classés comme “bromés”. Kristell RIOU-NIVERT met en garde sur le conséquences : 

“Avec l’abaissement prévu de ce seuil, le volume de plastiques considérés comme bromés va augmenter, ce qui risque d’aggraver la situation : plus de matériaux non bromés incinérés, des coûts accrus pour les centres de tri, et une perte de ressources recyclables.”

Cette contrainte se traduit par une complexité industrielle accrue tout au long de la chaîne de traitement. Les opérateurs doivent :

  • Intégrer des technologies de tri avancées,
  • Multiplier les contrôles
  • Adapter les exutoires selon le statut réglementaire des flux (déchets dangereux, POP, etc.).

Dans la majorité des cas, les plastiques bromés peuvent être incinérés ou enfouis, faute de solutions de recyclage compatibles. Cette segmentation des flux augmente les coûts, freine les investissements et complique l’atteinte des objectifs d’économie circulaire.

Une réalité opérationnelle difficile

Sur le terrain, la gestion des plastiques issus des DEEE se heurte à une réalité technique complexe. Ces flux sont constitués de mélanges hétérogènes de résines et d’additifs (dont les retardateurs de flamme bromés). Cette diversité rend leur identification particulièrement difficile. Les analyses montrent d’ailleurs une forte variabilité des concentrations en brome selon les équipements, voire au sein d’un même appareil. À cela s’ajoute une part significative de brome sous forme non identifiée, ce qui complique encore davantage les stratégies de tri et de caractérisation.

DeeeMines souligne notamment que : “Les procédés existants de débromation peuvent extraire le brome, mais ne permettent pas d’extraire sélectivement l’antimoine. Avec ces procédés, l’antimoine reste mélangé aux autres éléments.”

C’est justement pour combler ce manquement que la start-up a été créée :  “Le procédé de DeeeMines permet d’extraire spécifiquement l’antimoine, puis les composés bromés, tout en préservant la matrice plastique. Cela permet de valoriser le plastique dépollué par la suite.”

Où se situe réellement le potentiel de valorisation ?

Le potentiel de valorisation des plastiques issus des DEEE est bien réel, mais encore largement sous-exploité (plus de 35 % des plastiques issus de certains flux DEEE sont aujourd’hui non recyclés). Ces flux sont à la fois concentrés et très hétérogènes en composition. Cette complexité entraîne une perte de valeur dès les premières étapes de tri puisqu’une partie des plastiques est mal orientée, déclassée ou mélangée à des fractions moins qualitatives.

Comme le montrent les analyses, les performances de tri restent insuffisantes pour isoler efficacement les plastiques valorisables.

Dans le même temps, la demande évolue rapidement. Les industriels sont confrontés à un besoin croissant en plastiques recyclés, notamment pour répondre aux objectifs environnementaux et réglementaires. Certains plastiques techniques issus des DEEE, souvent sous forme de mélanges complexes de résines et d’additifs, présentent un intérêt stratégique croissant, mais restent difficiles à valoriser.

Heureusement, si les réalités du terrain montrent des lacunes en termes de recyclage et de valorisation, des solutions existent. Pour cela il est impératif de structurer des débouchés pour les plastiques recyclés issus des DEEE. En sécurisant, la qualité et la traçabilité des matières, la filière peut transformer un problème complexe en levier de création de valeur.

Les pistes de solutions crédibles pour les DEEE

L’amélioration du tri constitue le premier levier. L’enjeu est donc d’affiner les technologies de tri pour mieux séparer les plastiques bromés et non bromés et sécuriser les flux valorisables.

En parallèle, des procédés de décontamination et de recyclage avancé émergent notamment grâce à DeeeMines qui travaille pour affiner leur techniques : 

“Aujourd’hui, plusieurs centres de tri partenaires nous envoient des échantillons des flux de plastiques bromés qu’ils envoient initialement à l’incinérateur. Cela nous offre l’opportunité d’optimiser notre procédé au laboratoire ayant immédiatement en tête les contraintes réelles : variabilité des compositions de ces flux, des granulométries ou d’éléments indésirables. Nous avons déjà plus de 100 kg de déchets réels à tester.”

Enfin, une meilleure caractérisation des flux est essentielle. Une part importante du brome reste aujourd’hui non identifiée, en particulier dans les équipements récents, ce qui génère de l’incertitude pour les recycleurs. Développer la donnée matière et la traçabilité permettrait de sécuriser les débouchés et fiabiliser la valorisation.

 Conclusion

Le potentiel de valorisation des plastiques bromés et non bromés issus des DEEE est bien réel, mais reste aujourd’hui freiné par des contraintes réglementaires, techniques et économiques. Si les avancées technologiques ouvrent des perspectives prometteuses, leur impact dépendra de la capacité de la filière à fiabiliser le tri, mieux caractériser les flux et sécuriser des débouchés industriels. L’enjeu est désormais de transformer un gisement complexe en ressource stratégique, en conciliant exigences environnementales, contraintes réglementaires et viabilité économique.

DeeeMines a pour ambition de proposer une approche centrée sur l’extraction de l’antimoine afin de combler les manquements et réduire la proportion de plastiques bromés envoyés à l’incinérateur. Cela permettrait de valoriser enfin les plastiques bromés, renforcer notre souveraineté et limiter la volatilité des prix. 

Des pistes pour aller plus loin

https://imtech.imt.fr/2020/11/10/recyclage-des-plastiques-bromes-des-pistes-innovantes/

Blog NextWaste - Articles sur l’industrie du recyclage

Nos derniers articles sur l’industrie du recyclage.