MODECOM annuel : la mesure devient outil de pilotage

La vraie nouveauté n’est pas dans les chiffres, elle est dans le rythme. Mesurer la composition des poubelles des Français chaque année, et non plus tous les dix ans, transforme un audit réglementaire en levier de pilotage opérationnel.

C’est la logique que l’ADEME ouvre avec la quatrième campagne MODECOM, réalisée en 2024, et dont les résultats ont été publiés en décembre 2025. Pour les collectivités, les éco-organismes et les exploitants, cette évolution mérite d’être lue pour ce qu’elle est : un changement de logique, pas un simple ajustement de calendrier. Le passage vers une caractérisation en continue redéfinit la place de la mesure dans la gestion des déchets ménagers.

Le MODECOM : une méthode qui date, une ambition qui se renouvelle

En 1993, l’ADEME a conçu la méthode de caractérisation des ordures ménagères appelée MODECOM. Le principe est simple et physique : des échantillons de déchets sont prélevés selon des protocoles normalisés, triés sur une table de tri, pesés par catégorie (restes alimentaires, papiers, plastiques, verre, textiles, etc.). Le résultat est une radiographie des poubelles.

Jusqu’ici, cette radiographie avait été prise quatre fois en trente ans : en 1993, 2007, 2017, puis 2024. C’est précisément cette cadence décennale qui est en cause. Selon Amorce, l’ADEME envisage une annualisation de la campagne dès 2026. La décision n’est pas encore actée, mais la direction est posée : passer d’une logique de photographie ponctuelle à un suivi structuré dans le temps.

Cette distinction entre ce qui est annoncé et ce qui reste conditionnel importe. L’article ne vend pas une révolution accomplie. Il tire les conséquences de ce que produirait, concrètement, un suivi annuel pour ceux qui pilotent la collecte et le traitement des déchets.

Ce que disent les résultats de 2024

Le rapport de synthèse publié en décembre 2025 sur le Modecom livre un bilan à deux faces.

Une baisse réelle mais à lire avec prudence

La baisse de la quantité d’ordures ménagères résiduelles (OMR) est réelle : 223,5 kg par habitant en 2023, contre environ 395 kg en 1993. Ce chiffre doit toutefois être lu avec précaution : une part de cette baisse est mécanique, liée au développement de la collecte séparée (bac jaune, colonnes à verre, biodéchets) qui transfère des flux hors des OMR sans forcément réduire la production totale de déchets. Parler de performance de prévention serait inexact.

Des marges de progression importantes

Les marges de progression restent importantes. Près de 7 déchets sur 10 retrouvés dans la poubelle grise auraient pu être triés ou valorisés autrement. Le rapport de synthèse MODECOM 2024 précise que 32 % des OMR sont constitués de biodéchets, pourtant soumis à l’obligation de tri à la source depuis 2024, et que 27 % correspondent à des déchets qui auraient dû rejoindre le bac jaune ou une colonne d’apport volontaire.

Côté déchèteries, le constat est similaire : 75 % du tout-venant relève en réalité de filières à responsabilité élargie du producteur (REP). La matière qui part à l’enfouissement ou à l’incinération est, en grande partie, de la matière qui aurait pu rester dans la boucle.

Pourquoi la fréquence de mesure change la nature de l’outil

Une mesure décennale permet de constater. Une mesure annuelle permet de corriger.

C’est le cœur du sujet. Une collectivité qui lance une campagne de sensibilisation sur le tri des biodéchets peut, avec un MODECOM annuel, en mesurer l’effet dans l’année, ajuster le message, réorienter les efforts. Avec une mesure décennale, elle attend une décennie pour savoir si elle a eu raison.

Certains syndicats ont compris cette logique avant l’heure. Valor3e, par exemple, a choisi de répéter la caractérisation sur cinq années consécutives pour obtenir des données fiables et exploitables. Une caractérisation en continue n’est plus un audit ponctuel : elle devient un instrument de suivi des politiques de gestion des déchets.

Ce n’est pas une rupture technologique. C’est une rupture de méthode. Comme le formule l’ADEME, cette connaissance constitue une aide à la décision dans les choix techniques et organisationnels et dans le suivi des politiques menées. La valeur n’est pas dans la mesure elle-même, mais dans ce qu’on en fait.

De la donnée à la décision : où se crée la valeur pour les opérateurs

C’est ici que le positionnement de NextWaste prend tout son sens. Notre métier est d’intégrer la donnée issue de la caractérisation dans la chaîne de décision opérationnelle. Une caractérisation en continue n’a de valeur que si ses résultats irriguent le pilotage : ajuster une tournée, repenser une consigne de tri, réorganiser une déchèterie.

Trois leviers de valeur se dégagent de ce cadre.

La performance matière

Mieux connaître la composition d’un flux permet de mieux orienter la matière vers la bonne filière, que ce soit pour renforcer le tri à la source ou pour dimensionner les équipements de valorisation après collecte.

La performance économique

Chaque tonne mal orientée a un coût. Quand 75 % du tout-venant relève de filières REP, mieux capter ces flux permet de récupérer de la valeur et d’alléger la facture de traitement.

La réduction de l’enfouissement

Détourner la matière recyclable de la poubelle grise réduit mécaniquement les tonnages enfouis ou incinérés. C’est la condition concrète de la circularité.

L’outil ne remplace pas le terrain

Soyons clairs sur ce que MODECOM est et n’est pas. Le dispositif repose sur une méthodologie rigoureuse, organisée en plusieurs étapes successives de tri et de criblage. Le numérique ne tient pas la table de tri. Il sert à structurer la collecte des données, fiabiliser les protocoles, croiser les mesures dans le temps et restituer des indicateurs lisibles aux décideurs.

Les filières bien identifiées, comme le mobilier ou les métaux, affichent déjà d’excellentes performances. La preuve que lorsque l’organisation est claire, le tri fonctionne. Cette clarté se construit avec des données fiables et une expertise de terrain, pas avec un outil technologique présenté comme une solution autonome.

L’annualisation du MODECOM, si elle se confirme à partir de 2026, sera utile précisément parce qu’elle renforcera cette expertise, et non parce qu’elle la remplacerait.

Ce qu’il faut retenir

Le passage envisagé de MODECOM à un rythme annuel transformerait un audit décennal en outil de pilotage. La caractérisation en continue offre aux collectivités, aux éco-organismes et aux exploitants l’occasion de passer d’une logique de constat à une logique d’action. La donnée cesse d’être une charge de conformité pour devenir un levier de performance matière, de performance économique et de réduction de l’enfouissement. À condition de l’intégrer dans la décision, sans survendre l’outil ni sous-estimer ceux qui font le tri au quotidien.

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