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Entre investissements à l’arrêt, augmentation des coûts, nouvelles obligations pour les collectivités et attentes citoyennes, la gestion des déchets promet d’être l’un des enjeux clés des élections municipales de 2026.
Dans un contexte où la France affiche toujours un retard conséquent par rapport à ses voisins européens en matière de recyclage (seuls 25 % des plastiques y sont recyclés, contre près de 50 % en Allemagne[1]) – une défaillance qui coûte environ 1,4 milliard d’euros par an au contribuable[2] – les municipalités doivent faire face à leurs responsabilités en proposant des actions concrètes, au-delà des prises de positions des partis nationaux.
NextWaste, spécialiste de la valorisation des déchets dans les centres de tri, vous propose un tour d’horizon des enjeux locaux posés par la gestion des déchets.
Gestion des déchets et municipales, une attente forte des citoyens
La gestion des déchets est devenue un marqueur d’efficacité municipale et un facteur d’attractivité : une ville propre avec un tri simple inspire confiance ; à l’inverse, dépôts sauvages, débordements et consignes illisibles cristallisent la frustration.
Les citoyens attendent des mesures visibles avec notamment plus de transparence, un vrai déploiement des biodéchets (obligatoire depuis 2024) et une tolérance zéro sur les incivilités. C’est aux collectivités de passer en mode pilotage pour mesurer les erreurs de tri, rendre des comptes, et agir sur le terrain.
Hausse de la TGAP et des coûts de gestion qui pèsent sur la fiscalité locale
Si la TGAP vise à réduire l’enfouissement et l’incinération, force est de constater qu’elle n’est toujours pas accompagnée de mécanismes de redistribution directe vers les collectivités. Résultat : elle pèse sur la fiscalité locale sans renforcer la capacité d’investissement des territoires, alors même que les coûts de gestion des déchets (collecte, énergie, traitement, exigences réglementaires) augmentent. Les collectivités doivent donc activer d’autres leviers pour devenir efficaces.
Des leviers efficaces existent pour optimiser la gestion des déchets
Les municipalités disposent tout de même de solutions concrètes et immédiatement activables pour réduire les déchets. Elles peuvent notamment développer la prévention à la source (réemploi, vrac, lutte contre le gaspillage), généraliser le tri à la source des biodéchets mais aussi renforcer la propreté et la lutte contre les dépôts sauvages tout en rendant le service plus lisible pour les habitants.
À ces mesures s’ajoute un outil clé de pilotage et de responsabilisation : la tarification incitative, qui aligne le coût du service sur les quantités réellement produites et encourage durablement la réduction des ordures résiduelles. Une fois mises en place, ces actions permettent de passer d’un discours environnemental à une politique déchets plus mesurable et crédible à l’échelle communale. Les futurs élus devront prendre leurs responsabilités en matière de prévention.
L’importance du geste de tri
La sensibilisation au geste de tri est aussi un enjeu de sécurité industrielle et de continuité du service public. Les erreurs de tri, notamment les appareils électroniques, les batteries et les piles dissimulées dans les flux, représentent la moitié des causes d’incendies industriels.
Les conséquences sont lourdes avec notamment l’arrêt des sites, des surcoûts assurantiels, des pertes de capacité et des tensions sur les exutoires. Les municipalités ont donc un rôle clé à jouer en menant une communication claire, ciblée et surtout répétée sur le “bien trier”, mais également sur les risques concrets du mauvais tri.

Élections municipales et recyclage : que disent les partis nationaux ?
La gestion des déchets figure dans les programmes des principaux partis politiques nationaux, mais le plus souvent à travers des objectifs généraux comme :
- Accélérer l’économie circulaire,
- Réduire l’enfouissement,
- Augmenter le recyclage,
- Responsabiliser les producteurs
- Lutter contre les plastiques à usage unique.
Mais leurs exécutions restent à la charge des collectivités sans toujours résoudre la question des moyens techniques, humains et financiers.
Du centre à la droite, les discours insistent sur la performance du service public, la maîtrise des coûts par privatisation et la modernisation des infrastructures, souvent par l’innovation technologique ou l’optimisation des filières existantes.
À gauche et chez les écologistes, l’accent est davantage mis sur la réduction à la source, le réemploi, la tarification incitative et la responsabilisation des acteurs économiques.
Mais dans les deux cas, les programmes nationaux restent largement déconnectés des réalités locales. Ils ne prennent pas en compte la complexité des flux, les rigidités réglementaires, la dépendance aux exutoires, la pression fiscale et l’acceptabilité sociale des mesures.
En pratique, ce sont pourtant bien les municipalités et intercommunalités qui devront arbitrer, financer, expliquer et assumer politiquement leurs choix en matière de déchets. Tri à la source des biodéchets, tarification incitative, prévention des incivilités, sécurité des installations, continuité du service : autant de sujets rarement détaillés dans les plateformes nationales, mais décisifs pour les électeurs à l’échelle locale.
Les slogans mis à l’épreuve du local
La gestion des déchets illustre parfaitement le décalage entre les grands discours nationaux et les réalités locales. Les partis fixent des caps, souvent consensuels, mais ce sont les élus locaux qui en paient le prix politique, financier et opérationnel.
Dans ce contexte, les municipales seront moins un référendum sur les promesses nationales qu’un test de crédibilité locale. Les futurs maires ne peuvent plus se réfugier derrière des orientations générales : la gestion des déchets exige désormais des choix assumés, des outils de pilotage précis et une pédagogie constante.
Des pistes pour aller plus loin
[1] https://ec.europa.eu/eurostat/statistics-explained/index.php?title=Packaging_waste_statistics


