Plan de l’article
Les déchets d’activités économiques (DAE) regroupent l’ensemble des déchets produits par les entreprises et les activités professionnelles. En France, près de 64 millions de tonnes ont été générées en 2021, dont environ 57 millions de tonnes de déchets strictement économiques et 7 millions de tonnes de déchets assimilés.
Face à ce gisement considérable, la gestion et la valorisation des DAE font l’objet d’un encadrement réglementaire croissant. La loi de Transition Énergétique pour la Croissance Verte a notamment instauré l’obligation de tri à plusieurs flux et fixé un objectif de réduction de 50 % des déchets non dangereux non inertes envoyés en stockage. Plus récemment, la loi AGEC a renforcé ces ambitions en développant les filières de responsabilité élargie du producteur (REP) et en encourageant une meilleure valorisation des déchets.
Dans ce contexte, l’ADEME a lancé une étude afin de mieux comprendre le fonctionnement et les performances des centres de tri des DAE. L’objectif est de dresser un état des lieux des équipements et des pratiques, de proposer une méthode d’évaluation des performances et d’identifier les évolutions possibles pour le secteur du tri des déchets professionnels.
Au-delà des obligations réglementaires, le secteur entre aujourd’hui dans une phase de transformation. L’augmentation des volumes traités, la complexification des flux et l’arrivée de nouvelles filières REP obligent les opérateurs à mieux comprendre les gisements qu’ils réceptionnent. La performance des centres de tri ne dépend plus uniquement des équipements installés, mais aussi de la capacité à analyser et piloter les flux de déchets. Nexwaste décrypte pour vous ce rapport.
Comment fonctionnent les centres de tri des DAE ?
La mission des centres de tri DAE consiste à séparer les différentes matières présentes dans les flux entrants afin de les orienter vers des filières de recyclage ou de valorisation adaptées.
Pour cela, les installations s’appuient sur des chaînes de tri combinant plusieurs technologies de séparation. Les déchets sont généralement introduits dans l’installation via une trémie d’alimentation ou un broyeur, qui prépare la matière avant les différentes étapes de tri.
Le flux passe ensuite par plusieurs dispositifs de séparation, notamment :
- des cribles permettant de trier les déchets selon leur taille
- des séparateurs de métaux pour extraire les éléments ferreux et non ferreux
- des séparateurs aérauliques, granulométriques ou optiques capables d’identifier certaines matières selon leurs propriétés physiques.
L’étude distingue également deux grandes catégories d’installations.
Les centres de tri mécanisés disposent d’une chaîne intégrant plusieurs équipements automatisés qui permettent de traiter des flux mélangés de manière plus industrielle.
Les centres de tri à engins, en revanche, reposent davantage sur l’intervention humaine et l’utilisation d’engins de manutention, comme les pelles à grappin. Ces installations traitent souvent des flux plus simples ou déjà partiellement séparés.

Quelles performances et quels enjeux d’évolution pour les centres de tri DAE ?
L’étude menée par l’ADEME propose une méthodologie permettant d’évaluer et de comparer les performances des centres de tri des déchets d’activités économiques. Cette approche repose sur l’analyse de données collectées lors d’audits réalisés sur plusieurs installations et vise à mesurer la capacité des centres à extraire et valoriser les matières présentes dans les flux entrants.
Les résultats mettent en évidence une forte hétérogénéité entre les installations. Sur les 18 centres étudiés :
- 6 installations appartiennent à la classe de performance la plus élevée
- 3 installations présentent un niveau intermédiaire
- 9 installations affichent des performances plus faibles.
Les centres analysés traitent en moyenne 50 000 tonnes de DAE par an, avec des volumes très variables selon les sites, allant de 7 000 à 150 000 tonnes. Les installations mécanisées apparaissent généralement plus performantes et sont capables de traiter davantage de flux mélangés, qui représentent environ deux tiers des apports.
La composition moyenne de ces flux est relativement stable :
- 28 % de bois
- 19 % d’inertes
- 34 % d’éléments fins
- 19 % d’autres matières (plastiques, métaux, textiles…).
Plusieurs facteurs expliquent les écarts de performance observés. La variabilité des flux entrants, la présence importante d’éléments fins ou de déchets composites, ainsi que l’absence de pré-tri en amont peuvent compliquer l’extraction des matières valorisables. Dans certains cas, les installations doivent également s’adapter à des gisements plus mélangés que ceux pour lesquels elles avaient été initialement conçues.
Ces résultats mettent en évidence un potentiel d’amélioration significatif pour le secteur, tant dans l’adaptation des équipements que dans la meilleure compréhension des flux traités.
REP : des éco-organismes en lice pour les emballages professionnels
La mise en place de la filière REP pour les emballages professionnels, prévue pour juillet 2026, constitue une évolution importante pour la gestion des déchets d’activités économiques.
Trois éco-organismes sont actuellement candidats à l’agrément :
- Citeo Pro
- Léko Pro
- Twiice
Leur rôle sera structurant pour organiser la collecte et le recyclage des emballages de restauration ainsi que des emballages industriels et commerciaux.
Pour les centres de tri, cette nouvelle filière pourrait modifier la composition des flux entrants, renforcer les exigences de traçabilité et contribuer à améliorer les performances de valorisation des matières.
augmentation de la TGAP aggraverait la facture globale de plus de 60% pour les collectivités seulement sur un an (en 2030) par rapport à 2025.
Piloter les centres de tri grâce à l’analyse continue des flux
Dans un contexte où les flux de déchets évoluent rapidement, la connaissance précise de la composition des gisements devient un enjeu stratégique pour les exploitants de centres de tri.
Aujourd’hui, cette connaissance repose encore largement sur des campagnes ponctuelles de caractérisation, qui permettent d’obtenir une photographie des flux à un instant donné. Si ces analyses sont utiles, elles restent limitées pour suivre les variations réelles des apports.
Or ces flux peuvent évoluer fortement selon :
- les territoires
- les activités économiques locales
- les saisons
- les évolutions réglementaires ou industrielles.
Le développement de solutions d’analyse continue et automatisée des flux ouvre ainsi de nouvelles perspectives pour le pilotage des infrastructures de tri.
Ces technologies permettent notamment de :
- suivre plus finement la composition des flux entrants,
- détecter les évolutions de gisement,
- adapter les réglages des installations,
- mesurer plus précisément les performances de valorisation.
Pour les exploitants, cette meilleure connaissance des flux constitue un levier important pour optimiser l’exploitation des centres de tri et améliorer les taux de récupération des matières.
Elle permet également d’éclairer les décisions d’investissement. En disposant de données plus précises sur les gisements traités, les opérateurs peuvent mieux dimensionner leurs équipements, prioriser certaines technologies de tri et anticiper les évolutions futures des flux.Dans un secteur où les exigences réglementaires et industrielles se renforcent, la capacité à analyser les flux de déchets pourrait devenir un pilier du pilotage opérationnel des centres de tri et de la planification des infrastructures de demain.


